Marianne Herjean

De Genève à Téhéran - vidéo réalisée par Benjamin Van overtveld

DE GENEVE A TEHERAN


Mon projet commence en février dernier, lorsque j’ai entrepris un voyage de Genève jusqu’ à Téhéran en passant par la terre. Durant plus de quatre mois, j’ai traversé huit pays jusqu’en Iran.

Je voulais sentir la mesure du paysage dans sa traversée et son impact sur ma création artistique.

Tout d’abord, parce qu’ils me rapprochent du sentiment d’émerveillement. Le paysage et le voyage sont les fondements de mon processus artistique ; le voyage comme un déplacement de mon corps dans l’espace.

Sans prétendre sortir de l’attitude du tourisme, j’organise un pas de côté.

C’est une expérience de rencontres d’humains, de pratiques artistiques, d’écriture, de rencontre d’œuvres, de danses, de goûts, … Pays par pays, par ce dossier, je tente de vous raconter succinctement mes expériences. 

Il y quelques jours, je lisais un très beau texte de la chanteuse Barbara Pravi  sur sa grand-mère. Et j’ai eu envie à Istanbul d’en écrire un tout spécialement pour ma propre grand-mère. Parce que ces jours-ci, tant par leurs géographies que par leurs dates, me rapproche d’elle.

Le jour de mes trente ans, j’étais à Istanbul, avec ta petite voix cassée, tu m’as appelé. C’était la dernière fois que j’entendais ta voix dans la chair de mes oreilles.
On m’a raconté que tu avais eu une sorte de cancer et qu'à cette époque, on avait dû te couper quelques cordes vocales. Simple et efficace. Depuis le son de ta voix était devenu plus grave. Comme si ta voix s’était cassée quelque part. Je me demande ce qui est parti avec elle ? Qu’avais-tu à dire ? Je me le demande.
Tu sais Mamie, j’ai pris la route pour avoir de l’espace, du silence, des horizons pour pouvoir t’entendre aussi. J’apprends à écouter, à t’écouter et à travers toi à mieux m’entendre.
Ce 31 mai, tu m’avais appelé pour me souhaiter une merveilleuse décennie. Je rentrais dans ces années merveilles. Depuis ce jour de printemps à Istanbul, mamie, j’ai peint, j’ai aimé, j’ai beaucoup dansé, j’ai créé une famille, j’ai développé mes racines, cassé quelques branches, ramassé quelques fleurs, j’ai tenté de libérer quelques rêves, ceux d’être entouré par la beauté des choses, d'être libre pour mieux appartenir à la terre, de toucher le cœur des autres, de leur montrer que le vie est un cadeau incroyable, parfois effrayant mais comme il est bon de s’y engagé pleinement.
Avshin a dit ces vers de Rumi « D’où suis je venu et pourquoi je suis venu ? Où je vais je ? Pourquoi ne me montres tu pas ma patrie ? »
usqu’ici à Istanbul, je sais que ma patrie, c’est toi. C’est ça que je suis venue chercher ici.

Dessin fresque mural dans l’ église à la pomme en Capadocce, pastel et crayon sur papier, 42/21cm


La baie le soir, aquarelle sur papier, 42/21cm


Assemblage, acryliques sur papier, 42/29.7cm, Kas


Capture d’écran, danse soufie sur les îles aux princes avec Afshin, Istanbul


La montagne l’après-midi, aquarelle sur papier, 42/21cm


Peindre et repeindre. La peinture est infinie. Maintenant je le sais. Mon regard balaie lentement l’espace sacré et se laisse choisir par un ange, un saint ou une scène. L’œil s’apaise, prend confiance. La main prend le relai, elle recopie ce qu’un homme à peint 800 ans auparavant. Un.e hermite qui cherchait dieu a peint sa prière ici. Les rois mages réapparaissent, des présents pleins les bras ; des plumes, des mains qui se joignent, du tissu, des arbres, des regards et des fruits. A l’intérieur de l’église à la Pomme dans cette cavité de roche volcanique, en silence, je recopie pour mieux naître à mon Art.

Questions pour moi-même (et pour toi aussi si tu le souhaites) :
À quel point suis-je capable de me laisser rencontrer ? A quel point suis-je capable de me taire pour t’écouter ? A quel point suis je capable d’honorer mes talents ? A quel point suis je capable de les partager ?

Dessin fresque mural dans l’ église sombre en Capadocce, pastel et crayon sur papier, 42/21cm


Atelier nomade dans le maquis à Kas


Acrylique sur papier, 42/29.7cm, Kas


17 mars 2022, Sirnéa, Roumanie 


J’ai écrit le mois dernier suite à ma rencontre avec Jonah en Slovénie.
« Ce qu’il y a de plus beau, ce sont bien les gens qui peuplent ce monde… ». Cette idée se renforce.
Je doute souvent et je suis souvent aussi très déterminée.


Mon anglais est vraiment mauvais, mais ça ne nous empêche pas de rire le soir à table avec Alina avec nos petits verres de porto roumains.


En fait, il n’ y a pas d’atelier idéal, il n’y a pas de lumière idéale, il n’y a pas de moment idéal pour peindre. J’embrasse chaque jour, tant bien que mal ce grand vertige de l’acte de commencer.


Cette nuit, j’ai fait plein de cauchemars entre autres une foule d’hommes se battant devant moi dans une violence extrême. Puis cette nuit, il y a aussi beaucoup neigé et ce matin, une épaisse couche de neige recouvre mon velux.


Hier, on est allée dans un magasin de fournitures d’art et Alina m’a encouragé à prendre des feuilles de papier plus grandes, pas beaucoup plus grandes, mais quand même un peu. Ça va être cool, et puis tant pis, je les plierai pour qu’elles puissent entrer dans mon sac. Ça peut être même intéressant ces pliages d'ailleurs. Peut-être même que je peux les faire avant ? J’ai un tas d’idée en relation avec des motifs que j’ai vu sur des petits tapis Ottoman hier dans l’Église noire de Brasov. J’ai aussi trouvé une nouvelle encre bleu « made in Slovaquie » faudra vraiment que je fasse gaffe à ne pas salir le parquet, faut que je protège mieux.


Hier, je me suis même laissé pleurer. J’aime être ici. M’enfoncer dans la neige en marchant devant cette immensité montagneuse, surtout en fin de journée, je suis fascinée par le passage du jour vers la nuit. Je sens en moi quelque chose qui lâche et qui prend quelque part confiance au cœur de quelque chose. 

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Sirnéa, Transylvanie

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Sans titre, 2022, pastel sur toile, 65/50cm, Roumanie

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Sirnéa, Transylvanie

Sans titre, 2022, pastel sur toile, 65/50cm, Roumanie

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Sans titre, 2022, pastel sur toile, 65/50cm, Roumanie

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Sirnéa, Transylvanie

Sans titre, 2022, pastel sur toile, 65/50cm, Roumanie

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Sirnéa, Transylvanie

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Cours de dessin pour Aline, 32ans, céramiste 

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Cours de dessin pour Maria, 7ans, réfugiée ukrainienne 

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Marché de Brasov

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Train de Cluj napoca à Brasov

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Sans titre, 2022, pastel sur toile, 65/50cm, Roumanie

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Sans titre, 2022, pastel sur toile, 65/50cm, Roumanie

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Maison traditionnelle roumaine - Sirnéa, Transylvanie 

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Sans titre, 2022, pastel sur toile, 65/50cm, Roumanie

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Sans titre, 2022, pastel sur toile, 65/50cm, Roumanie

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Notes sur l'exposition de Márta Jakobovits  

Márta Jakobovits: Part of the Road Travelled at National Museum of Contemporary Art, Bucharest

Sans titre, 2022, pastel sur toile, 65/50cm, Roumanie

Sans titre, 2022, pastel et crayon sur papier, 42/29.7cm, Sirnéa, Roumanie.

Dessin au pastel sur papier 

Infusion neige 1, 2022, encre sur papier, 16/16cm, Sirnea, Roumanie 

Infusion neige 2, 2022, encre sur papier, 16/16cm, Sirnea, Roumanie

Infusion neige 2, 2022, encre sur papier, 16/16cm, Sirnea, Roumanie

Carpates polonaises


L'ensemble des dessins sont réalisés au pastel sur papier, 42/29.7cm.

Dessin d'enfants à la craie sur un mur 

Photo (musée de l'ancienne synagogue) 

Carpates polonaises

Tronc de l'abbaye de Tyniec

Studio chez Kinga et ses soeurs

Photo inconnu

Camp d'extermination et

mémorial de Birkenau 

Visite du (MAGNIFIQUE) musée d'ethnographie de Cracovie 

Pont à Budapest 

autour du premier alphabet hongrois

Louange en Hongrois - Eglise Mariaremete

Merci en Hongrois - Eglise Mariaremete

Studio chez Attila

Dans la cuisine d'Atilla 

Gitta Mallatz

"Gitta Mallatz a retranscris les Dialogues avec l'ange, manuel de métaphysique applicable à la vie vécue, dicté par les "anges" de quatre jeunes hongrois pendant la deuxième guerre mondiale. 

Ses trois camarades juifs ont été emportés et tués dans les camps. Elle, chrétienne, a pu s'exiler en France où elle a trouvé, bien des années plus tard un soutien et un entourage (notamment Marguerite Kardos qui enseigne encore aujourd'hui l'angéologie à la suite d'Henri Corbin) pour traduire le manuel en français et le publier" (texte de Line Pauvert http://linepauvert.com

Rue de Bugaliget 

Notes sur les pietas à la galerie nationale de Slovénie (Ljubljana)

Notes sur les pietas à la galerie nationale de Slovénie (Ljubljana)

Rives du lac de Bled

Pastel et fusain sur papier, 21/14.8cm, lac de Bled 

Pastel sur papier, 21/14.8cm, lac de Bled

Rencontre avec le travail de Zoran Mušič à la Galerie nationale de Slovénie (Ljubljana)

Zoran Mušič, Motivo Dalmata, 1966, oil on canvas, 38.5 x 46 cm

Crayon sur papier 

Calepinage / Ljubjana

Mélanie mon arrière grand-mère

Aquarelle sur papier

Venise, clair de lune 1, Pastel sur papier, 21/14.8cm

Venise, clair de lune 2, Pastel sur papier, 21/14.8cm

Aquarelle sur papier

Vierge à l'enfant 2, pastel et crayon sur papier,  21/14.8cm

Vierge à l'enfant 3, pastel et crayon sur papier, 21/14.8cm

Série Les magnolias, pastel sur papier, 42/29.7cm, Venise

À Venise, j’ai commencé à lire « l’île aux arbres disparus » d’Elif Shafak. Sans tout vous racontez, dans ce livre j’adore un figuier issu d’une greffe que son propriétaire a fait en immigrant de Chypre à Londres. Ce figuier parle à la première personne et il est capable de ressentir les émotions de l’homme qui l’a planté lorsqu'il est près de lui. 


La semaine dernière, un ami s’en est allé. Cet ami m’a appris le métier d’architecte-paysagiste. Il m’a montré comment à partir d’un dessin, on pouvait développer un projet d’espace dans la matière. Il m’a appris à choisir des arbres, des sols, des gabarits, des bordures. Il m’a aussi appris à prendre en considération l’avis d’autrui, à présenter un projet, à avoir confiance en mes réponses et un bon morceau de cette qualité que l’on appelle la patience.

Depuis l’île principale de Venise, je voyais une accumulation d’immenses taxus baccata de tailles disparates, contenus sur son pourtour par une majestueuse forteresse base en pierres claires.
J’ai été attirée l' île-cimetière de San Michel. Je me suis agenouillée sous un gigantesque magnolia. En fait, je ne m’attendais pas à ce que Nicolas parte maintenant. Je me suis sentie loin. J’ai pensé au figuier du roman et je me suis sentie bien sous ce magnolia. Je l’ai dessiné pendant longtemps.

J’ai lu une interview du peintre Ellworth Kelly qui disait « Mes dessins sont plutôt des idées d'espaces. J'aime les formes, elles sont juste une excuse pour prendre le crayon en main. Le dessin, c'est savoir voir. Plus on pratique, plus on devient «voyant». »


Sous ce magnolia, je me suis sentie proche de Nicolas. 

Série Les magnolias, pastel sur papier, 42/29.7cm, Venise

Série Les magnolias, pastel sur papier, 42/29.7cm, Venise

Série Les magnolias, pastel sur papier, 42/29.7cm, Venise

Collage des confettis du carnaval sur papier, 21/14.8cm

Série Les magnolias, pastel sur papier, 42/29.7cm, Venise

Série Les magnolias, pastel sur papier, 42/29.7cm, Venise

Le charbon utilisé est celui d'un feu trouvé sur la plage 

Série Carbone-Pellestrina, charbon et crayon, 42/29.7cm

 

Série Carbone-Pellestrina, charbon et crayon, 42/29.7cm

 

Série Carbone-Pellestrina, charbon, 42/29.7cm

 

Série Carbone-Pellestrina, charbon et crayon, 42/29.7cm

 
​Série Carbone-Pellestrina, charbon et crayon, 42/29.7cm

Série Carbone-Pellestrina, charbon, 42/29.7cm

 

Série Carbone-Pellestrina, charbon et crayon, 42/29.7cm

 

Série Carbone-Pellestrina, charbon et crayon, 42/29.7cm

 

Série Carbone-Pellestrina, charbon, 42/29.7cm

 

Série Carbone-Pellestrina, charbon et pastel, 42/29.7cm

Vierge, pastel sur papier 

Acrylique sur papier (42/29,7cm)

Jardin du musée Peggy Guggenheim

Acrylique sur papier (42/29,7cm)

Hellebore - Pastel sur papier (42/29,7cm)

Cimetière San Michel 

L'eau utilisée pour la peinture est celle de la mer Adriatique 

Acrylique sur papier (42/29,7cm) 

Grafiti venicien

Série Branche de magnolia, pastel sur papier, 21/14.8cm

 

Série Branche de magnolia, pastel sur papier, 21/14.8cm

Série Branche de magnolia, pastel sur papier, 21/14.8cm

 

Tout commence par un rêve auquel je donne toute ma confiance. 


Traverser.

A 25ans, j’ai créé le blog « Pèlerinages particuliers » suite à un mémoire que j’avais fait durant mes études à l’école du paysage de Versailles sur le paysage et la mémoire. J’y postai régulièrement des dessins (aujourd’hui, ils sont dans la rubrique « carnets » de mon site). C’était beaucoup de joie de partager ma création avec vous.

Dessiner.

Puis, j’ai lu l’histoire de ma famille, bretonne, des hommes constamment sur la mer, des histoires de chameaux, de marchands de vins, de naufrages, … J’ai regardé attentivement toutes les petites photos sépia de mon grand-père au Vietnam, en Afrique du Sud, à San Francisco,… C’était curieux de le voir ainsi lui que je n’ai jamais connu, jeune, beau. Insouciant peut être, enfin, c’est l’idée que je m’en était faite.

Bref, je savais d’où je venais.

Puis, en décembre 2017, j’étais dans les caraïbes depuis quelques mois. Suite à une rupture amoureuse, je me sentais profondément chamboulée et j’ai pensé aux rois mages. J’ai trouvé ça tellement beau, cette humilité du roi qui se met en chemin par la terre pour rencontrer un enfant. En 2019, en Ethiopie, j’ai survolé l’embouchure du Nil et j’ai pensé au chemin qu’avait fait le roi Balthazar jusqu’au Christ à Nazareth avec la myrrhe .

Rencontrer.

Durant la pandémie, j’ai intensément pratiqué la danse Soufie (Sama « écoute mystique » ), mon enseignante me disait sans cesse « Cherche la lumière. »

Cherche la lumière.
Cherche la lumière.
Cherche la lumière.

J'y ai fait naître des désirs de formes, de couleurs, de gestes, de matière papier. J'y ai fait naître toutes mes peintures réalisées à Genève dans mon atelier.
Beaucoup d’entre vous me demandent souvent comment je fais pour ne pas avoir la tête qui tourne. En réalité, il arrive un moment où ce n’est plus moi qui tourne, mais c’est monde qui tourne autour de moi. Peut-être en est-il de même pour ce voyage ?

Alors je pars de Genève vers Téhéran par la terre que je chéris tant. 

Je fonce vers l'horizon qui s'écarte, je m'empare du temps qui me fuit. Je ne suis personne, je suis d'ailleurs. Je suis d'ici. 


Andrée Chédid

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